Mais qui sont ces fous qui rèvent d'un vrai wifi communautaire tout propre ?
Vous vous doutez bien que je ne décollère pas contre meraki qui a subitement changé de politique après avoir encaissé ses 20 millions de dollars et a allègrement tourné le dos à l'open source. Mais comme on est plutôt du genre têtu chez Toonux, et que nous avons la chance d'entretenir d'excellentes relations avec Fon France, nous avons décidé de nous lancer dans une aventure un peu particulière : du wifi propre et pour tous déployé dans un lieux public ... une sorte de proof of concept.
La genèse
L'histoire remonte quand même à l'été 2001, époque à laquelle je collaborais avec un importateur Lucent qui me met entre les mains une borne Orinoco et une carte pcmcia Orinicco Gold proposant du wep 256 (oui j'avoue avoir été un crypto terroriste). Je tombe aussitôt accroc au wifi, un peu plus tard, je me lance même dans la modernisation et l'intégration de pilotes dans une distribution livecd d'origine polonaise basée sur Gentoo (la génialisime NavynOS).
Fin 2001 : un premier hotspot public est ouvert à l'Apostrophe, un bar restaurant du 10e arrondissement à proximité du canal Saint-Martin. Évidemment, le réseau n'a rien de sécurisé, tout est ouvert, les utilisateurs sont avertis, l'apostrophe arbore dés lors fièrement a côté d'un logo "Open wifi spot" une mise en garde invitant les utilisateurs à surfer crypter et au besoin, si ça ne marche pas (a l'époque il n'était pas rare de voir du Windows 98 1ere édition ou du Windows Millenium sur les laptops) un livecd linux était disponible et supportait sans encombre les cartes wifi que nous mettions à disposition (orinocco et prism). Le matériel wifi se faisait très rare à cette époque nous laissions donc à disposition 2 cartes wifi afin que les quelques personnes qui venaient avec leur ordinateur portable puissent se connecter. C'est tout de suite un succès.
Juin 2003 : Toujours à l'Apostrophe, Sheriff, Kamel et Mourad nous donnent leur bénédiction pour organiser à l'Apostrophe une petite fête, il s'agit de la première fête des musiques libres.
Aout 2003 : un serveur avec plus de 30go de musique libres téléchargeable sur Wlan de l'Apostrophe est disponible, ce qui était carrément gonflé puisqu'à l'époque le concept même de musique libre faisaient hurler la SDRM, SACEM ... et n'importe quelle société d'auteurs. Peut être mais au moins notre wifi, là, il sert vraiment quelque chose :)
Le wifi c'est sympa mais si on allait plus loin ?
Il y a un peu plus de trois ans maintenant, je découvre Fon par le biais d'une promotion : Un routeur Linksys WRT-54 pour 5 euros, flashé avec un firmware open source qui me propose de partager mon wifi ! En plus de faire ce que je voulais, FON me propose d'avoir accès à toutes les connexions de Foneros gratuitement dans le monde ... je cherche l'arnaque ... je ne trouve pas ... j'adopte direct ! Malgré ce qui va suivre, je n'ai jamais regretté ce choix.
Un peu plus tard c'est la sortie de la Fonera, première du nom, un boîtier magique qui n'a pour seul point noir de ne plus proposer ssh comme c'était le cas avec le Linksys ... peu importe, je m'aperçois très vite que ce n'est qu'un petit détail sans importance et qu'il existe un moyen de le réactiver, moyennant l'injection d'un petit exploit. La Fonera devient donc de fait pour moi comme pour beaucoup d'autres geeks dans le monde un objet cultissime : une toute petite taille, un linux à l'intérieur basé sur OpenWRT, une communauté vibrante jamais à court de hacks, des performances très intéressantes grâce au chipset atheros ... et surtout : nos sainte libertés de modifications du firmware pour y ajouter des fonctionnalités sympas.
Ayant aménagé près de Belleville à cette période, je rencontre François Legendre (aujourd'hui à la tête d'une entreprises de vidéo surveillance ip et intégrateur de solutions sans fil aux côtés de Toonux qui s'est transformé en SS2L). En fait je l'avais déja rencontré lors d'un vide grenier numérique sur Belleville :). Nous nous découvrons très vite des affinités prononcées pour le logiciel libre... et François est en relation avec Fon France qui par le plus grand des hasard si trouve à une trentaine de mètres des locaux de Toonux...
Open Fon World
Le Salon Solution Linux 2007 marque un point très important : Fon France est présent et nul doute que son engagement vis à vis de l'open source est bien réel. Fon distribue des Foneras à tour de bras, je me fais donc un plaisir d'en distribuer aux GCU, groupe pour lequel je n'ai jamais caché ma sympathie... voir mon affiliation idéologique.
Il en résulte des contributions super intéressantes des GCU qui s'amusent comme des petits fous avec ce boîtier. Le buzz est énorme : tous les geeks en parlent et des articles sont publiés sur GNU linux Mag France qui auront sûrement contribuer certains geeks à se procurer la Fonera sont publiés.
La déception
Puis la catastrophe arrive : sortie de la Fonera+ : un port ethernet en plus ... génial... le trou de sécurité qui nous permettait d'activer Dropbear le serveur ssh est patché. La Fonera+ est fermée, le message est clair : no geeks inside. Seuls quelques acharnés ont donc le privilège de jouer avec la Fonera+ à coup de jtag. Notre déception est immense et ça tourne carrément à la haine quand on apprend que Stefan, l'auteur de l'exploit permettant l'activation de dropbear, a carrément reçu des menace de la part de Fon Allemagne. Il faut bien se rendre compte que Stefan est le principal artisan du succès de la Fonera dans les communautés open source... c'est à peine si j'ose me pointer sur le chan des GCU tant j'ai l'impression de les avoir endormis avec un device dont Fon (Fon monde, et j'insiste bien sur ce point) a exploité les contributions pour mieux le fermer... j'ai les boules :(
Meraki : le feu de paille
Septembre 2007, iMil me balance un lien sur irc : Meraki... j'en parle avec William de fon France qui en commande aussitôt. Il me prête peu après 2 boitiers Meraki qu'il a commandé. Meraki est full open source et le motd vous lance un "happy hacking" : pas besoin de passer un exploit pour commencer à s'amuser avec le firmware, les boîtiers Meraki sont Hackers friendly ! Un immense bonheur raconté lors d'un petit test comparatif entre Fon et Meraki.
Un bonheur de courte durée puisque moins d'un mois après la publication de ce test, puisqu'à ce moment Meraki lève 20 millions de dollars pour wifiser San Francisco et se dote d'un comité directeur qui claque la porte à l'Open Source. Meraki restera donc petit et n'inquiétera pas Fon qui a su établir une position dominante que seule une politique ouverte aurait pu mettre à mal... bye bye Meraki.
A cette même période iMil et moi sommes invités à rencontrer Jean-Bernard Magescas qui dirige Fon France. il nous fait ouvertement part de ses intentions : partir en guerre contre les personnes qui souhaitent fermer la Fonera, ce qu'il fait ... et réussit ! Mais nous ne pouvons pour l'instant pas tout vous divulguer et nous préférons attendre la sortie officielle de la Fonera2 avec laquelle certains privilégies dont Toonux fait partie ont pu jouer... ça donne ça.
La main de Dieu touche la planète wifi
Dieu, c'est Michael Burmeister Brown qui n'est autre que l'un des instigateurs de Meraki. Michael est propre et têtu dans sa propreté, il sent le vent venir chez Meraki et pour lui pas question de faire autre chose que de l'open source ... Aleeluiah ! Il lance donc le projet Open Mesh qui constitue la seule alternative valable aux déçus de Meraki. Le kit complet de flashage de foneras et de Meraki mini est mis en ligne, l'avantage est énorme puisqu'il offre le mesh à la Fonera grâce aux protocoles Batman et Robin ! Le tout en Open Source bien évidemment.
Mise en application
Avril 2008 : aidé par Fon France et Transparence, Toonux déploie une quarantaine de Foneras flashées avec le firmware Open Mesh au Marché Biron, au coeur des puces de Saint Ouen, s'inscrivant dans un plan de modernisation avec notemment la refonte du site web.
Un wifi propre, sécurisé et qui profite au plus grand nombre ... c'est donc aujourd'hui possible avec Open Mesh et ce sera peut être possible avec FON.
Récapitulatif :
- Meraki : Sale (a été propre et est devenu très sale)
- Fon : Terrreux (a toujours été plus ou moins terreux mais aspire à devenir propre grâce à Fon France)
- Open-Mesh : Propre (pour toujours)

aircrack-ng
